16 novembre 2005
Ce que veut la nouvelle génération (traduction)
Les jeunes immigrés refusent d'être ignorés plus longtemps. Et le temps joue avec eux.
Une traduction à la volée de l'article de Charles Krauthammer du 13 novembre 2005 dans Time.
Les gendarmes ont des armes. En face, les enfants de la rue ont des pierres et des cocktails Molotov. Mais les flics jouent en défense - les flics et la France qu'ils sont les seuls à représenter dans ces ghettos maudits et oubliés où la plupart des francais ne s'aventurent plus.
D'un coté, les émeutiers incendiaires, musulmans pour certains si ce n'est la plupart, que le Ministre de l'Intérieur a appellés "racaille" : jeunes, sans repos, violents, en colère, au chômage, envieux et fécond. De l'autre, une civilisation âgée et usée, le noyau fantômatique de la chrétienté européenne, statique, âgée, satisfaite, gâtée, passive and incroyante. Qui gagnera, à votre avis ?
Il n'y a pas de meilleur apercu de l'équilibre des forces dans le conflit civilisationnel français que de considérer l'incompréhension et l'inertie de la réponse officielle de la France. Le Président s'est tu pendant 10 jours. L'état d'urgence n'a été déclaré qu'au 13° jour. Pendant ce temps, le Premier Ministre et le Ministre de l'Intérieur proposaient des slogans électoraux et de creuses promesses, l'oeil rivé sur la prochaine élection présidentielle plutôt que sur les incendies présents.
La meilleure vision du futur est démographique. Il y a environ 5 millions de musulmans en France. Bien sur, personne ne le sait sérieusement, pas seulement à cause des immigrés clandestins mais parce que le gouvernement français interdit par la loi les questions sur l'ethnie ou la religion. Pourquoi s'étonner de ne pas savoir répondre à un problème qu'on refuse de voir ou de mesurer ?
La France est musulmane à presque 10 %. Et en augmentation. Même sans immigration supplémentaire, ce qui est un voeu pieux, les taux de natalité pèseront de plus en plus lourdement dans la balance. Les musulmans ont le plus haut taux de natalité - trois fois celui des non-musulmans - de tous les groupes démographiques en Europe. Mohammed est le prénom le plus courant dans la banlieue de Bruxelles. Le taux de natalité des françaises non-musulmanes est bien en-dessous du seuil de remplacement. Les vieux français, comme le reste de l'Europe, sont en train de disparaitre.
"Avec les tendances actuelles", dit le professeur Bernard Lewis, "les populations musulmanes seront majoritaires en Europe d'ici la fin du siècle". Le futur ? "L'Europe sera une part du monde Arabe et du Maghreb". Aujourd'hui, les jeunes émeutiers sont juste un peu en avance sur la réclamation d'héritage.
Les classes populaires, sans travail et sans futur, isolés dans des cités stériles, ont rongé leur frein pendant des décennies. La France a répondu par l'aveuglement volontaire (même avant cette intifadah, il y avait une douzaine de voitures brûlées chaque nuit en France, mais vous ne le saviez pas parce que la France officielle considérait cela normal) et la pacification, en créant un système social laxiste pour maintenir cette jeunesse en colère bien habillée, bien nourrie, et bien équipée en téléphones portables.
Mais ils veulent maintenant une meilleure part du gâteau. Ils veulent un futur. Le reste de la France se contente depuis plusieurs décennies du présent - quelques années de bon vin et un travail de 35 h sous convention, dans un environnement social si confortable qu'il est presque impossible de licencier un salarié et qu'il est presque impossible d'embaucher la progéniture des immigrants.
La seule solution possible pour la France est d'entreprendre le type de réforme menée par les USA dans les années 60, quand deux générations d'Américains ont oeuvré à ce que les Afro Américains soient bienvenus dans la société. Mais les chances de succès en France sont bien moindres, puisque même si la France changeait, se réveillait et accueillait ceux qu'elles a longtemps intégrés, il est très tard. Les grands parents auraient accepté cette invitation. Mais leurs petits enfants ont grandi dans un mono culture aliénée qui méprise la décadence athée du sécularisme français, ses églises vides, sa permissivité sexuelle et son ennui existentiel. La France n'en veut pas. Et ils ne veulent pas de cette France à laquelle ils jettent des pierres. Mais ils ne partent pas. Et ils se multiplient.
La France a toujours pensé avoir une stratégie systématique pour prévenir la violence de la population arabe : devant la grogne, proposer l'apaisement. Aucun pays occidental n'a fait plus pour influencer l'opinion du monde arabe, pour apaiser les terroristes arabes, pour s'opposer ostensiblement à la politique américaine au Moyen Orient (et en Irak en particulier), pour se faire le champion de la cause arabe en Palestine. Yasser Arafat n'a pas choisi par hasard Paris pour y mourir - Paris, après Jérusalement, sa deuxième cité sainte.
Mais Paris brule. Comme le semble découvrir les français tous les 70 ans, l'apaisement ne fonctionne pas. Il aiguise juste l'appétit. And les jeunes immigrés en colère avaient déjà faim.
CHARLES KRAUTHAMMER
Copyright © 2005 Time Inc. All rights reserved.
Une traduction à la volée de l'article de Charles Krauthammer du 13 novembre 2005 dans Time.
Les gendarmes ont des armes. En face, les enfants de la rue ont des pierres et des cocktails Molotov. Mais les flics jouent en défense - les flics et la France qu'ils sont les seuls à représenter dans ces ghettos maudits et oubliés où la plupart des francais ne s'aventurent plus.
D'un coté, les émeutiers incendiaires, musulmans pour certains si ce n'est la plupart, que le Ministre de l'Intérieur a appellés "racaille" : jeunes, sans repos, violents, en colère, au chômage, envieux et fécond. De l'autre, une civilisation âgée et usée, le noyau fantômatique de la chrétienté européenne, statique, âgée, satisfaite, gâtée, passive and incroyante. Qui gagnera, à votre avis ?
Il n'y a pas de meilleur apercu de l'équilibre des forces dans le conflit civilisationnel français que de considérer l'incompréhension et l'inertie de la réponse officielle de la France. Le Président s'est tu pendant 10 jours. L'état d'urgence n'a été déclaré qu'au 13° jour. Pendant ce temps, le Premier Ministre et le Ministre de l'Intérieur proposaient des slogans électoraux et de creuses promesses, l'oeil rivé sur la prochaine élection présidentielle plutôt que sur les incendies présents.
La meilleure vision du futur est démographique. Il y a environ 5 millions de musulmans en France. Bien sur, personne ne le sait sérieusement, pas seulement à cause des immigrés clandestins mais parce que le gouvernement français interdit par la loi les questions sur l'ethnie ou la religion. Pourquoi s'étonner de ne pas savoir répondre à un problème qu'on refuse de voir ou de mesurer ?
La France est musulmane à presque 10 %. Et en augmentation. Même sans immigration supplémentaire, ce qui est un voeu pieux, les taux de natalité pèseront de plus en plus lourdement dans la balance. Les musulmans ont le plus haut taux de natalité - trois fois celui des non-musulmans - de tous les groupes démographiques en Europe. Mohammed est le prénom le plus courant dans la banlieue de Bruxelles. Le taux de natalité des françaises non-musulmanes est bien en-dessous du seuil de remplacement. Les vieux français, comme le reste de l'Europe, sont en train de disparaitre.
"Avec les tendances actuelles", dit le professeur Bernard Lewis, "les populations musulmanes seront majoritaires en Europe d'ici la fin du siècle". Le futur ? "L'Europe sera une part du monde Arabe et du Maghreb". Aujourd'hui, les jeunes émeutiers sont juste un peu en avance sur la réclamation d'héritage.
Les classes populaires, sans travail et sans futur, isolés dans des cités stériles, ont rongé leur frein pendant des décennies. La France a répondu par l'aveuglement volontaire (même avant cette intifadah, il y avait une douzaine de voitures brûlées chaque nuit en France, mais vous ne le saviez pas parce que la France officielle considérait cela normal) et la pacification, en créant un système social laxiste pour maintenir cette jeunesse en colère bien habillée, bien nourrie, et bien équipée en téléphones portables.
Mais ils veulent maintenant une meilleure part du gâteau. Ils veulent un futur. Le reste de la France se contente depuis plusieurs décennies du présent - quelques années de bon vin et un travail de 35 h sous convention, dans un environnement social si confortable qu'il est presque impossible de licencier un salarié et qu'il est presque impossible d'embaucher la progéniture des immigrants.
La seule solution possible pour la France est d'entreprendre le type de réforme menée par les USA dans les années 60, quand deux générations d'Américains ont oeuvré à ce que les Afro Américains soient bienvenus dans la société. Mais les chances de succès en France sont bien moindres, puisque même si la France changeait, se réveillait et accueillait ceux qu'elles a longtemps intégrés, il est très tard. Les grands parents auraient accepté cette invitation. Mais leurs petits enfants ont grandi dans un mono culture aliénée qui méprise la décadence athée du sécularisme français, ses églises vides, sa permissivité sexuelle et son ennui existentiel. La France n'en veut pas. Et ils ne veulent pas de cette France à laquelle ils jettent des pierres. Mais ils ne partent pas. Et ils se multiplient.
La France a toujours pensé avoir une stratégie systématique pour prévenir la violence de la population arabe : devant la grogne, proposer l'apaisement. Aucun pays occidental n'a fait plus pour influencer l'opinion du monde arabe, pour apaiser les terroristes arabes, pour s'opposer ostensiblement à la politique américaine au Moyen Orient (et en Irak en particulier), pour se faire le champion de la cause arabe en Palestine. Yasser Arafat n'a pas choisi par hasard Paris pour y mourir - Paris, après Jérusalement, sa deuxième cité sainte.
Mais Paris brule. Comme le semble découvrir les français tous les 70 ans, l'apaisement ne fonctionne pas. Il aiguise juste l'appétit. And les jeunes immigrés en colère avaient déjà faim.
CHARLES KRAUTHAMMER
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