16 février 2005

 

L'Ereupo du pêcheur.

La Commission Européenne a institué cette semaine une nouvelle barrière douanière sur le saumon norvégien. Colères des importateurs.

La Norvège produit 509 000 tonnes de saumon en 2003, dont 455 000 sont vendues en Union Européenne. Industrie de masse, pour du poisson de qualité moyenne, malgré l'image poétique du saumon qui gambade dans les fjords. La course au productivisme a provoqué une surproduction, entraînant la faillite de certains élevages et la vente de saumon à bas prix sur le marché européen. Cette braderie nuit aux autres producteurs, dont l'Ecosse, en tirant les cours vers le bas.
En France, 2 500 personnes travaillent dans l'industrie du saumon (20 000 T de produits, 335 ME). Les importateurs profitaient naturellement de la baisse des cours pour baisser les prix ou augmenter les marges, aux dépens des producteurs qui proposent un produit plus cher.
La colère des écossais aurait, semble-t-il, motivé une réaction de la Commission Européenne, qui institue cette semaine un prix minimum d'importation, estimé 15 % au-dessus du prix du marché par les professionnels. Ils grognent bien sûr, puisqu'on ne leur permet plus d'acheter du poisson soldé par la surcapacité norvégienne.
Dans le modèle du libre-échange pourtant, les pays producteurs s'affronteraient, la sélection se ferait naturellement dans le meilleur des mondes, pour le plus grand profit des consommateurs. Cependant, depuis 10 ans, le saumon fumé est devenu un produit de grande consommation (on le trouve en gamme 1er prix), boudé du même coup par ses anciens adeptes. Les pays nordiques ont suivi, en poussant la production à outrance (toute ressemblance avec une région de l'ouest de la france pour la production de cochon serait purement fortuite) et en proposant un poisson gavé d'antibiotiques, en quantités industrielles, et de qualité décroissante. Au bout du compte, une petite baisse du marché suffit à remuer cette industrie trop grosse, et à faire râler ceux qui, dans les pays importateurs, ont besoin de matériau à bas prix pour vendre de la merde aux chalands.

Intéressant d'ailleurs de constater ce processus : le marketing démocratise un produit, dont la demande augmente. Les producteurs augmentent la capacité, jusqu'à étouffer le marché. Ils sont tenus de baisser leurs prix, voire de brader. Et pour ne pas casser le marché à l'échelle européenne, la Commission est finalement obligée d'imposer un prix minimal d'importation. A croire que l'Etat (ou l'Europe en l'occurrence) est le garde-fou naturel du libre-échange ?
Autre point de vue : avec un prix minimal imposé, peut-on espérer voir les producteurs se battre sur la qualité du produit à prix égal, plutot que sur le très libéral "toujours moins cher" ?

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