22 février 2005

 

Le futur morose de l'Allemagne

Traduit d'un article de Paul Johnson (eng), paru fin janvier dans Forbes, sur le déclin de l'Allemagne, et l'urgence de réformes nationales et européennes.

L’état déplorable de l’Allemagne est une lecon riche d’enseignements. Voici ce qui se produit quand les dirigeants encouragent une société à tourner le dos à la liberté et à choisir la sécurité à tout prix. L’Allemagne d’il y a trente ans, grâce aux grands leaders de l’après-guerre Konrad Adenauer et Ludwig Erhard, avait une économie exemplaire - une des meilleures au monde en qualité et en performance. Selon le modèle américain, la liberté d’entreprendre, la valeur du travail et l’innovation étaient les valeurs les plus considérées. Les Allemands tournaient le dos à leur passé martial et devenaient des citoyens intègres, riches et fiers. Aujourd’hui, l’économie allemande est devenue - spécialement pour les nations émergentes du Tiers Monde, comme la Chine et l’Inde - le modèle à ne pas suivre. Production ralentie, productivité en baisse et chômage ravageur en sont les caractéristiques les plus visibles. Les chiffres du chômage ont été récemment révisés à la hausse : 4.5 millions de chômeurs, qui seraient 6 millions si le « chômage caché » était pris en compte. Ces chiffres sont proches de ceux de 1932, au plus bas de la Grande Dépression, quelques mois avant qu’Hitler ne prenne le pouvoir. La masse des chômeurs fut une des raisons de la victoire d’Hitler.

Trois raisons au déclin allemand

  • Les conventions sociales vieillottes qui ralentissent la croissance. Les syndicats allemands militent pour la réduction du temps de travail, l’augmentation des salaires, une protection sociale omniprésente et des conditions de travail qui empêchent toute hausse de productivité. Cet étouffement économique est similaire à celui des syndicats anglais avant que Margaret Thatcher ne les brise au début des années 80.
  • La bureaucratie européenne en provenance de Bruxelles. L’UE impose des règles interminables, dont le premier effet est d’étouffer l’esprit d’entreprise et de décourager l’innovation. La dérive vers une supra nation européenne s’est avéré un désastre indiscutable pour l’Allemagne qui, en dépit de son relatif déclin économique, reste le premier contributeur des fonds européens. L’Allemagne est donc en train de financer des programmes, comme la PAC (Politique Agricole Commune), qui agit contre ses intérêts directs. L’Allemagne finance l’orchestre européen qui fait danser la France. D’ailleurs, cette soumission de l’Allemagne à la France est un des faits les plus étonnants et les moins explicables du monde actuel. Le Chancellier Gerhard Schröder semble satisfait de jouer le caniche du Président Jacques Chirac, de la façon la plus humiliante et la plus rampante qui soit, le suivant docilement sur des chemins qui ont montré leurs conséquences désastreuses sur les intérêts intérieurs et extérieurs de l’Allemagne. Quand l’Allemagne coopérait avec les USA entre 1950 et le début des années 1970, elle a prospéré. Depuis qu’elle s’est soumise à la France, le pays mord inéluctablement la poussière. Tôt ou tard, les allemands vont le comprendre. Ce jour là, les conséquences pour l’Europe pourraient être dramatiques. Mais ce jour n’est pas arrivé, et le troisième facteur explique partiellement pourquoi.
  • L’Allemagne est triste et a peur de l’échec. C’est un sentiment collectif qui empêche réellement l’Allemagne d’engager les remèdes nécessaires à ses maux. Les allemands savent être dans la tourmente, et beaucoup d’entre eux connaissent l’évidente porte de sortie. Le pays doit engager des réformes structurelles comparables à ceux que le Premier Ministre Thatcher lancât en Grande Bretagne il y a vingt ans, des réformes qui ont radicalement modifié la réussite et les espérances du peuple britannique. Mais, alors que la plupart des allemands en sont conscients, ils manquent de la volonté nécessaire - ainsi que du leader indispensable - pour les lancer. Ils restent inertes, paralysés par l’angoisse et la peur des ajustements douloureux et nécessaires de leur société de « précaution », et se laissent aller vers un désastre comparable au III° Reich.

La structure démographique allemande accentue les faiblesses de cette économie amorphe. Un de taux de natalité les plus bas du monde, une population qui vieillit et un système de protection sociale outrageusement dépensier se conjuguent en un futur noir et dangereux. L’Allemagne ne se prépare pas seulement un déclin démographique - de 80 à 60 millions d’habitants d’ici à 2050, mais aussi une baisse drastique de son niveau et des maux qui s’ensuivront.

Une nouvelle voie.

En même temps que d'entamer ses propres réformes, l’Allemagne devrait mener ["should be leading"] une campagne pour réformer l’Union Européenne, dans le but de rejeter la mainmise française de Paris et Bruxelles ["The object should be to cast off the Francophile control executed by Paris and Brussels"], et de donner à l’UE une nouvelle direction qui correspondrait à son extension croissante. Un changement, à la fois matériel et symbolique, serait de transférer le siège de l’UE de Bruxelles, croulant sous 40 ans de sédimentation bureaucratique, vers une ville comme Hamburg, une cité de traditions entrepreneuriale et commerciales, ou vers Aix-la-Chapelle l’ancienne capitale de l’empire de Charlemagne, et d'où le concept originel d'une Europe unie émergea à la fin des années 40. La capitale de l'Union Européenne a évidemment besoin de se rapprocher du centre de gravité de l'Union. Mais surtout, l'Europe a besoin d'une révolution radicale de sa conception ("a revolution in thinking"), loin des régulations et des contrôles qui transforment le rêve d'une Europe pacifique et prospère en un cauchemar de mécontentement, de dépression et de déclin. Un leader qui dépasse ces limitations pour donner un nouveau départ : voici ce dont l'Allemagne a besoin et ce que l'Europe attend. Est-ce trop demander ? Et si la seule alternative est la violence ?


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