23 janvier 2005

 

Totalitarisme du quidam ordinaire

Yenayer poste un billet pétri d'humanisme à la petite semaine : un être paré de l'esprit de tolérance le plus affûté peut-il lire Céline alors que l'auteur du Voyage était antisémite ?

Passons rapidement sur l'analogie douteuse entre Heidegger et Céline. Il me semble que la culpabilité d'un philosophe est plus grande que celle d'un romancier, quand on en vient à ce genre de procès.

Ne nous arrêtons pas sur cette réduction ad minima qui interdirait de fréquenter une personne "connue" (dénoncée ? fichée ?) pour ses opinions racistes (pour qui ? pour certains, Soral est antisémite...). Comme si les opinions ou les engagements d'un artiste modifiaient la valeur de sa production ! À quand le certificat de non appartenance à l'idéologie antisémite pour accéder à un emploi ?

Non, le pompon, c'est vraiment cette conclusion, digne des grandes heures des régimes collectivistes :
L'argument pour continuer à admirer Céline et les autres, est de dire qu'un écrivain ou un artiste n'est pas réductible à ses opinions. C'est supposer que tous les autres êtres humains qu'on comdamne pour racisme ou antisémitisme sont réductibles à leurs opinions. Penser cela, c'est faire injure à tous les êtres humains, et à leurs vie et potentialités intérieures.
Si je comprends bien, le discours qui disculpe habituellement Céline, c'est "un artiste ne peut pas se réduire à ses opinions politiques". Et ce discours serait injurieux, en sous-entendant qu'on pourrait réduire le quidam à ses opinions. C'est bien l'auteur du billet (Yenayer) qui infère de ce discours que la personne qui le tient puisse réduire une personne, quelle qu'elle soit, à ses opinions.
En glissant, très amusant cette dérive novlangienne qui brosse le pékin et ses "potentialités intérieures" dans le sens du poil. Pourquoi admirer un chef-d'oeuvre littéraire ou pictural, alors que votre voisin de palier a sûrement des "potentialités" supérieures ?

J'ai toujours eu du mal, beaucoup de mal avec les artistes ou écrivains racistes, antisémites, mysogines ou xénophobes. Chez un homme artiste de grand talent et raciste, je parlerai toujours du raciste. Je préfère toujours la dignité d'un pauvre quidam que le talent fût-il immense d'un raciste.
La solution prônée par Yenayer, c'est donc, plutôt que cette supposée distinction entre l'artiste et le vulgum pecus, de confondre production artistiques et opinions politiques de l'artiste dans le même mépris.
Donc de refuser de lire un artiste qui serait raciste, ou antisémite, ou misogyne, ou xénophobe... ou homophobe, ou zoophobe, ou pastissophobe, peut-être ?
Pourquoi ne pas tout simplement interdire de production les artistes "déviants du régime", Yenayer, hein ? Ca serait quand même tellement plus reposant, de ne voir l'art que sous condition d'adhésion à un corpus de valeurs bien choisi par... par qui ? par vous, Yenayer, ou par votre Soviet Suprême ?

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