16 novembre 2005

 

Ce que veut la nouvelle génération (traduction)

Les jeunes immigrés refusent d'être ignorés plus longtemps. Et le temps joue avec eux.
Une traduction à la volée de l'article de Charles Krauthammer du 13 novembre 2005 dans Time.

Les gendarmes ont des armes. En face, les enfants de la rue ont des pierres et des cocktails Molotov. Mais les flics jouent en défense - les flics et la France qu'ils sont les seuls à représenter dans ces ghettos maudits et oubliés où la plupart des francais ne s'aventurent plus.

D'un coté, les émeutiers incendiaires, musulmans pour certains si ce n'est la plupart, que le Ministre de l'Intérieur a appellés "racaille" : jeunes, sans repos, violents, en colère, au chômage, envieux et fécond. De l'autre, une civilisation âgée et usée, le noyau fantômatique de la chrétienté européenne, statique, âgée, satisfaite, gâtée, passive and incroyante. Qui gagnera, à votre avis ?

Il n'y a pas de meilleur apercu de l'équilibre des forces dans le conflit civilisationnel français que de considérer l'incompréhension et l'inertie de la réponse officielle de la France. Le Président s'est tu pendant 10 jours. L'état d'urgence n'a été déclaré qu'au 13° jour. Pendant ce temps, le Premier Ministre et le Ministre de l'Intérieur proposaient des slogans électoraux et de creuses promesses, l'oeil rivé sur la prochaine élection présidentielle plutôt que sur les incendies présents.

La meilleure vision du futur est démographique. Il y a environ 5 millions de musulmans en France. Bien sur, personne ne le sait sérieusement, pas seulement à cause des immigrés clandestins mais parce que le gouvernement français interdit par la loi les questions sur l'ethnie ou la religion. Pourquoi s'étonner de ne pas savoir répondre à un problème qu'on refuse de voir ou de mesurer ?

La France est musulmane à presque 10 %. Et en augmentation. Même sans immigration supplémentaire, ce qui est un voeu pieux, les taux de natalité pèseront de plus en plus lourdement dans la balance. Les musulmans ont le plus haut taux de natalité - trois fois celui des non-musulmans - de tous les groupes démographiques en Europe. Mohammed est le prénom le plus courant dans la banlieue de Bruxelles. Le taux de natalité des françaises non-musulmanes est bien en-dessous du seuil de remplacement. Les vieux français, comme le reste de l'Europe, sont en train de disparaitre.

"Avec les tendances actuelles", dit le professeur Bernard Lewis, "les populations musulmanes seront majoritaires en Europe d'ici la fin du siècle". Le futur ? "L'Europe sera une part du monde Arabe et du Maghreb". Aujourd'hui, les jeunes émeutiers sont juste un peu en avance sur la réclamation d'héritage.

Les classes populaires, sans travail et sans futur, isolés dans des cités stériles, ont rongé leur frein pendant des décennies. La France a répondu par l'aveuglement volontaire (même avant cette intifadah, il y avait une douzaine de voitures brûlées chaque nuit en France, mais vous ne le saviez pas parce que la France officielle considérait cela normal) et la pacification, en créant un système social laxiste pour maintenir cette jeunesse en colère bien habillée, bien nourrie, et bien équipée en téléphones portables.

Mais ils veulent maintenant une meilleure part du gâteau. Ils veulent un futur. Le reste de la France se contente depuis plusieurs décennies du présent - quelques années de bon vin et un travail de 35 h sous convention, dans un environnement social si confortable qu'il est presque impossible de licencier un salarié et qu'il est presque impossible d'embaucher la progéniture des immigrants.

La seule solution possible pour la France est d'entreprendre le type de réforme menée par les USA dans les années 60, quand deux générations d'Américains ont oeuvré à ce que les Afro Américains soient bienvenus dans la société. Mais les chances de succès en France sont bien moindres, puisque même si la France changeait, se réveillait et accueillait ceux qu'elles a longtemps intégrés, il est très tard. Les grands parents auraient accepté cette invitation. Mais leurs petits enfants ont grandi dans un mono culture aliénée qui méprise la décadence athée du sécularisme français, ses églises vides, sa permissivité sexuelle et son ennui existentiel. La France n'en veut pas. Et ils ne veulent pas de cette France à laquelle ils jettent des pierres. Mais ils ne partent pas. Et ils se multiplient.

La France a toujours pensé avoir une stratégie systématique pour prévenir la violence de la population arabe : devant la grogne, proposer l'apaisement. Aucun pays occidental n'a fait plus pour influencer l'opinion du monde arabe, pour apaiser les terroristes arabes, pour s'opposer ostensiblement à la politique américaine au Moyen Orient (et en Irak en particulier), pour se faire le champion de la cause arabe en Palestine. Yasser Arafat n'a pas choisi par hasard Paris pour y mourir - Paris, après Jérusalement, sa deuxième cité sainte.
Mais Paris brule. Comme le semble découvrir les français tous les 70 ans, l'apaisement ne fonctionne pas. Il aiguise juste l'appétit. And les jeunes immigrés en colère avaient déjà faim.

CHARLES KRAUTHAMMER
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31 octobre 2005

 

Demian : L'homme et l'étoile

Lorsqu'un changement quelconque se produisait en moi, si, par exemple, mon humeur s'assombrissait ou si une pensée nouvelle me venait, elle le sentait immédiatement. Les rêves que je faisais me semblaient être inspirés par elle. Souvent, je les lui racontais et ils lui semblaient compréhensibles et naturels. Il n'était rien d'étrange que son intuition ne fût capable de saisir. Pendant un certain temps, je fis des rêves qui reflétaient nos entretiens de la journée. Je rêvais que l'univers entier était en plein bouleversement et que, seul ou avec Demian, j'attendais la grande destinée. La destinée restait voilée, mais elle laissait entrevoir les traits d'Eve. Être choisi ou rejeté par elle, c'était là ma destinée.Plusieurs fois, elle me dit en souriant : « Votre rêve n'est pas complet, Sinclair. Vous avez oublié ce qu'il renfermait de meilleur », et il m'arrivait alors de me rappeler ce que j'avais omis, et je ne pouvais comprendre mon oubli.Parfois, j'étais mécontent et rongé de désir. Je ne pouvais plus supporter de la voir à mes côtés sans pouvoir la serrer dans mes bras. Elle le remarqua aussi immédiatement. Il arriva une fois que je restai plusieurs jours sans me rendre auprès d'elle. Lorsque je revins, plein de confusion, elle me prit à part et me dit : « Vous ne devez pas vous livrer à des rêves aux-quels vous ne croyez pas. Je sais ce que vous désirez. Vous devez renoncer à ces désirs ou les désirer vraiment. Si vous pouviez être persuadé de la réalisation de votre désir, il s'accomplirait aussitôt. Mais vous désirez et, aussitôt après, vous vous en repentez et éprouvez de la crainte. Il vous faut dominer tout cela. Je vais vous raconter une histoire. »Et elle me raconta l'histoire d'un jeune homme qui était amoureux d'une étoile. Il tendait les bras vers elle sur le rivage et l'adorait. Il rêvait d'elle et lui consacrait toutes ses pensées. Mais il savait, ou croyait savoir, qu'une étoile ne pouvait être embrassée par un homme. Il croyait que sa destinée était d'aimer sans espoir une étoile, et, avec ces pensées, il édifia tout un poème de renoncement, de souffrance muette, d'amour fidèle, qui devaient l'améliorer et le purifier. Mais tous ses rêves étaient pleins de l'étoile. Une nuit, il se trouvait au bord de la mer, sur un rocher élevé, et contemplait l'étoile, tout consumé d'amour pour elle. Et, dans un instant de nostalgie extrême, il fit le saut et se précipita dans le vide au-devant de l'étoile. Mais, au moment de sauter, il pensa encore, en un éclair : c'est pourtant impossible ! Et il vint se briser sur le rivage. Il n'avait pas su ce qu'est aimer. Si, au moment de sauter, il avait eu la force de croire fermement à l'accomplissement de son désir, il eût volé jusqu'à l'étoile et se fût uni avec elle.« L'amour ne doit pas prier, dit-elle, mais il ne doit pas exiger non plus. L'amour doit être assez puissant pour devenir une certitude. Alors, au lieu d'être attiré, il attire. Sinclair, votre amour est attiré par moi. S'il m'attire un jour, je viendrai. Je ne veux pas faire de cadeaux. Je veux être conquise. »

Demian. Die Geschichte von Emil Sinclairs Jugend, Herman Hesse, 1919

30 octobre 2005

 

L'abbé Pierre, grain à moudre de la propagande idéologique.

Le dossier de l'Express sur l'aveu de l'abbé Pierre est-il un article de journaliste ou un tract de propagande ?

L'abbé Pierre, en prenant position sur des sujets aussi polémiques, court le risque de se faire récupérer. Par exemple, considérer l'abbé Pierre comme une voix qualifiée sur des problèmes de théologie est une tentation idéologique à laquelle Jacqueline Rémy ne résiste pas. Or, si l'abbé Pierre est justement connu, c'est pour sa préocuppation sociale ; pas pour sa maîtrise du réalisme thomiste ou sa connaissance approfondie des Pères de l'Eglise.
Pourquoi le célibat serait-il une obligation, se demande-t-il. La question est-elle à chercher dans l'air du temps et le sentimentalisme nihiliste qui tient lieu de réflexion à la plupart de nos contemporains ? Il le semble, puisque "la crise des vocations" et le très moderne "pourquoi pas ?" paraît suffire à envisager la question.
Mais tout ce qui contribue à détruire l'Eglise est bon à prendre. Aussi, l'abbé Pierre n'émet-il pas une "opinion", quand il s'avoue à l'écoute des couples homosexuels. Non. Il "couche par écrit quelques vérités". Je propose à Jacqueline Rémy de se documenter sur le sens catholique de la "vérité", elle pourrait avoir quelques surprises. Une telle ignorance confine à la mauvaise volonté. Il est particulièrement amusant de constater que la chute de l'article oppose l'abbé Pierre "un homme aussi aimé des Francais, plébiscité par les sondages" à la "hiérarchie catholique" empêtrée dans ses "contradictions face aux affaires du sexe". C'est là que la volonté de nuire est patente, par la tournure des phrases et l'angle de la chute. Jacqueline Rémy n'informe pas, elle utilise un prêtre malade et fatigué pour servir son idéologie.

29 octobre 2005

 

L'abbé Pierre : le marketing du Bien indifférencié

Un correspondant me signale un dossier nourri de l'Express sur le prochain livre de l'Express. Sur la liste de diffusion où il diffuse ce message, mon correspondant prévient "si vous êtes anti-catho, pas la peine d'aller lire le dossier, ca ne va pas vous plaire".

Il me semble qu'au contraire, un anti catholique aurait toutes les raisons de se réjouir de la prochaine sortie du livre de l'abbé Pierre - s'il correspond à ce que tous les médias en livrent - et toutes les raisons de jubiler du tapage médiatique qui l'accompagne.

Il est même probable que c'est parce que l'Express est anti-catholique qu'ils en parlent tant, en en faisant un dossier fortement documenté :
"L'aveu de l'abbé Pierre",
"Le dogme et la réalité"
"Nous les enfants de prêtre".


Profiter du gâtisme d'un vieillard fatigué pour revenir à la charge sur les mêmes sujets éculés, c'est pas d'une hauteur déontologique exceptionnelle.

Il est même particulièrement intéressant de remarquer que :
- lorsqu'un vieil homme d'église, atteint par la maladie, tient le cap dans les souffrances difficiles d'une fin de vie interminable, qu'il continue à prêcher la même parole que celle qu'il a tenue toute sa vie, avec la même fermeté, il est classé par les médias comme fou dangereux et gâteux irrécupérable.

- lorsqu'un autre homme d'église, fatigué et usé, qui ne sait plus trop ce qu'il dit, prêche des théories subversives et manifestement anti-Eglise, il est considéré par ces mêmes médias comme novateur, voire révolutionnaire.

Il est d'autant plus comique de rappeler le froid glacial et réprobateur avec lequel la bonne presse avait accueilli le trouble soutien de l'abbé Pierre à un auteur négationniste il y a quelques années.
L'abbé avait alors été catalogué comme suspicieux, douteux, "à éviter". On ne flirte pas inpunément avec les zeureléplussombres.

Le voila qui opère aujourd'hui un splendide retournement médiatique, en rejoignant le camp du Bien par cet ouvrage - qu'on attend de lire, en se faisant caisse de résonance des pourfendeurs de l'Eglise catholique. Dire que cet article ne plaira pas aux non-catholiques est une ânerie sans nom : il plaira au contraire à tous ceux qui veulent que l'Eglise cesse d'être l'Eglise pour devenir une sorte d'officine bien-pensante éternellement virevoltante, alors que sa mission première est de maintenir.

Les trois articles de l'Express sont particulièrement subversifs. Analyse à suivre.

17 octobre 2005

 

On commence par qui ?

A l'Ouest, rien de nouveau... mais alors vraiment rien.

Sur qui taper en premier :
Les cathos ? Y en a de moins en moins, et de moins en moins convaincants. On distingue avec peine une homélie aujourd'hui d'un prêche de cellule des années 70.
Les mouvements de jeunesse ? Comment, "mouvements" ? Il y a encore quelque chose qui bouge ?
Les libéraux ? Evidemment, difficile de résister, et la lutte s'annonce sous les meilleurs auspices, tant les tenants de la désétatisation cultivent le talent d'avancer avec candeur les hypothèses politiques les plus farfelues.
Les fachos ? C'est le moment des revirements pour un certain nombre d'entre eux, de quoi amener quelques lignes de feu sympathiques.
Les gens de droite ? Je les laisse se couler eux-mêmes. Ils font ca mieux que personne.

A bientot pour la reprise des hostilités.

12 juin 2005

 

Florence la belle Aubaine et Machaoui de service : stop ou encore ?

Allez, vous en reprendrez bien une petite louche ? Après les post-it omniprésents, comptant les jours de captivité de la splendide suffragette de l'aberration, les montgolfières pour libérer Florence, la solidarité trans-médiatique (trans-raciale, on a arrêté, ca marchait plus) servie à gogo depuis 5 mois, pour... pour quoi ?
Pour retrouver une Florence Haubenas qui a bien évidemment subi l'enfer et les pires traitements, mais que l'ambassadeur de France en Irak a retrouvé fraie et pimpante après sa toilette samedi soir, pour une coupe de champagne et une tite bouffe entre amis. Humoristique, enjouée, une victime rayonnante, une torturée radieuse, en fait une suppliciée festive, prête à enchaîner les trente télés et les deux-cent interviews de la semaine, en toute intimité et discrétion, bien entendu.

Entre deux déplacements, j'ai justement repéré un superbe article de Labération sur les gestapistes de la Mairie de Paris traquant les mémés à caniches et les cracheurs de voie publique, qui mérite son pesant d'hilarité tragique par la description délicieuse des inspecteurs à lunettes rondes et cerveaux carrés qui se tâte le chou pour savoir s'il faut verbaliser celui qui laisse traîner son mégot... à suivre !


03 juin 2005

 

Un gouvernement d'union nationale ?

Un gouvernement d'union OUI-OUIste !

Dominique de Villepin
Dominique de Villepin, ministre de l’intérieur Si le non l’emporte, "une France humiliée qui aura du mal à se regarder elle-même et aura du mal à se regarder dans les yeux de autres parce qu’elle aura soudain rapetissé".

Michèle Alliot-Marie : ministre de la Défense
"Aujourd'hui, je le dis avec gravité, nous sommes comptables du courage de ces hommes d'Etat visionnaires qui ont osé renverser le cours de l'histoire. Nous leur sommes redevables d'avoir enraciné en Europe les valeurs et les principes des combattants victorieux du 7 mai 1945", a déclaré la ministre de la Défense dans une brève allocution dans la salle des fêtes de la ville. "A nous d'être aujourd'hui et demain dignes de leur héritage et de leur message de liberté pour les peuples, d'égalité entre tous les hommes, de fraternité entre les nations d'Europe", a ajouté Mme Alliot-Marie dans une allusion au référendum du 29 mai sur la Constitution européenne.
PARIS (AP) -- Un rejet de la Constitution européenne lors du référendum du 29 mai entraînera un «ralentissement économique», a observé vendredi soir la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie.

Philippe Douste-Blazy : ministre des Affaires étrangères
« Demain, vous serez des citoyens acteurs car l’Europe libère les énergies créatrices » a lancé Philippe Douste Blazy en assurant que la Constitution était résolument tournée vers la démocratie, et que « les français sont capables d’être au rendez-vous de leur histoire ».
En conclusion, le ministre de la santé a affirmé « être un européen heureux » grâce à une Constitution qui est « un projet unique au monde » .


Thierry Breton : ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie
Si le "non" l'emporte au référendum du 29 mai, le texte "ne sera pas adopté", selon lui, et "l'Europe actuelle, trop technocratique, restera donc notre quotidien avec une France ayant moins de poids dans l'Europe des 25".

Gilles de Robien : ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
Le ministre UDF des Transports Gilles de Robien a pour sa part accusé Laurent Fabius, partisan du non, de ne dire que des "contre-vérités" et d'être "irresponsable".
"M. Fabius ne dit vraiment que des contre-vérités à travers toute cette campagne", a dit M. de Robien, interrogé dans la cour de l'Elysée.

Pascal Clément : Garde des Sceaux, ministre de la Justice
En tant que président de la Commission des Lois à l'Assemblée, a conduit le projet de modification de la Constitution Francaise permettant le transfert de souveraineté à l'Europe.

Dominique Perben : ministre des Transports, de l’Equipement, du Tourisme et de la Mer
Dominique Perben, ministre de la Justice "Les voyous (...) profiteront de l’ouverture des frontières" si le vote sur la ratification de la constitution s’avère négatif.

 

Chirac, ca suffit.

Ni l'Europe, ni la mondialisation, ni l'opposition socialiste, pas plus que l'extrême-droite ou l'extrême gauche ne sont la cause des problèmes français. C'est Monsieur Chirac. Son divorce avec les Français sur les réformes nécessaires revient le hanter. Il aurait mieux répondu [au résultat du référendum] en suivant l'exemple de Charles de Gaulle après son échec au référendum de 1969 : accepter sa responsabilité et démissionner.

You have delighted us long enough
The source of France's troubles is not Europe, nor global capitalism, nor rebellious socialists, nor the far-right, nor the far-left. It is Mr Chirac. His failure to be straight with the French about the need for reform has come back to haunt him. That is why a better response would have been for Mr Chirac to follow the example set by Charles de Gaulle after he lost a referendum in 1969: to accept his responsibility and resign.

The Economist

01 juin 2005

 

La raffarinite foudroyante frappe déjà !

Quelle tristesse ! Une maladie si grave qu'elle peut dans la journée transformer l'aède des beaux salons en débiteur de formules creuses dans le plus pur style du phénix poitevin :
Dominique de Villepin a également minimisé ses différends passés avec son numéro deux. «C'est vrai (...) nous nous sommes opposés et puis nous avons travaillé ensemble», a-t-il reconnu, avant d'assurer: «aujourd'hui, nous n'avons qu'un objectif, marquer des points, marquer des buts pour la France».
(vu sur le Nouvel Obs)

 

Devinette du mardi : Qui a dit... ?

"Une fois de plus, il s'est avéré que la "France légale" ne représentait plus qu'une minorité de la France réelle. L'équation est la suivante : direction de l'UMP + direction de l'UDF + direction du PS + direction des Verts et des radicaux = la quasi-totalité des sièges au Parlement, mais 45 % seulement des Français. Elle est démocratiquement injustifiable et ingérable. D'où la nécessité absolue d'instiller une part significative de proportionnelle dans les scrutins législatifs afin de favoriser la représentation de toutes les sensibilités du pays."
Allez, à votre avis, qui a bien pu écrire ca ? Un maurrassien sur le retour ? Un nationaliste égaré ? Présent ? Minute ? National Hebdo ? Le Libre Journal ?
Raté ! C'est publié dans Marianne n°423 du 1er juin, et c'est l'édito de François Darras !

31 mai 2005

 

Gâtisme chiracophrénique : le coup de canicule ?

Au lendemain d'un référendum qui désavoue à la fois la majeure partie de la classe politique et la personne du chef de l'État, devenu pendant quelques semaines le chef de la campagne du "OUI", que trouver de mieux comme "impulsion nouvelle" que ce gouvernement de "rassemblement" et de "mobilisation nationale" ? Songez-y :
Galouzeau de Villepin, le poète flamboyant, le haut fonctionnaire, l'ami de la famille, le fidèle vizir du grand Mamamouchi, dans le rôle du rassembleur ?
Et Sarkozy, président de l'UMP, pour apporter l'alternative et la composante nationale ? Il n'aura pas eu Matignon, par peur du président de perdre son Premier Ministre en route, au risque de lui rappeller quelques souvenirs cuisants.
Quand Villepin aura choisi Alliot-Marie, Borloo, et repoussé les UDF, les MPF, et les socialistes sans distinction, qu'apposera-t-il au mur du Conseil des Ministres ? Gouvernement d'union nationale ? Faudra-t-il rajouter "des ex-partisans du OUI désavoués par le peuple souverain" ? Je leur proposerai alors une devise de circonstance : "Nous sommes ici par la volonté du monarque, nous n'en sortirons pas par la volonté du peuple".
Une décision cacochyme et très peu présidentielle, prise aux risques des retours de flamme d'une opinion qui s'est enfin libérée des diktats médiatiques - on ne peut appeller autrement la coalition de 99 % des éditorialistes français sur une question si grave, d'un parti socialiste dans le flou mais conscient de sa force, et d'une droite élargie que le maire de Neuilly n'attirera pas à lui tout seul.
Car, malgré les manoeuvres, le but semble être bien défini : le lancement de Sarkozy pour la prochaine présidentielle. Peut on préciser une date ? Chirac, à l'hallali, a pu lui offrir la voie libre pour l'élection suprême - éventuellement anticipée, en échange de sa paix juridique de président retraité. L'accord maintiendrait une certaine unité à l'UMP pour la campagne, qui inquiète déjà les élus de droite. La carrure encore un peu mince de l'ex- et futur ministre de l'Intérieur expliquerait cette allégeance du jeune loup au vieux singe le soir du 29 mai.
Mais que signifierait un gouvernement pareil, sous les auspices de la "mobilisation nationale" ? Villepin est ministre sortant, il traine comme un boulet son mépris pour le suffrage populaire, Sarkozy est le chef de l'ancien parti du président. Tous deux sont OUIstes acharnés. Quelle légitimité populaire représentent-ils ?

Vu sur Reuters
"Dans un esprit de rassemblement, j'ai demandé à Nicolas Sarkozy de rejoindre le gouvernement comme ministre d'Etat, ce qu'il a accepté", a dit Jacques Chirac, signant une première dans l'histoire des institutions françaises.
C'est le moins qu'on puisse dire... jusqu'à preuve du contraire la composition du gouvernement revient au Premier Ministre. Est-ce l'adoubement du dauphin, après son allégance au monarque ?

Vu sur la Libre Belgique
Le couple Villepin-Sarkozy succède à Raffarin
Décidement pauvre Cécilia, il ne lui aura épargné aucune humiliation !

 

Erreur de casting ? Dur de la feuille ou mou d'en bas ?

Quelqu'un a-t-il averti Chirac que 54,6 % est le score du NON ???

... cà, l'impulsion nouvelle ?
Là-dessus je suis d'accord avec Errata, ca vaut bien une petite rigolade !

Dominique de Villepin est né le 14 novembre 1953, à Rabat (Maroc)
Biographie
Licence ès lettres et en droit
Diplôme de l’Institut d’études politiques
Ancien élève de l’Ecole nationale d’administration (promotion Voltaire)
Nommé et titularisé Secrétaire des Affaires étrangères : 1er juin 1980.
Ministère des Affaires étrangères (Affaires africaines et malgaches) 1980-1981, Affaires africaines et malgaches et Centre d’analyse et de Prévision 1981-1984.
Premier Secrétaire à l’Ambassade de France à Washington 1984-1987, Deuxième Conseiller au même poste 1987-1989.
Deuxième Conseiller à l’Ambassade de France à New Delhi 1989-1990, Premier Conseiller au même poste 1990-1992.
Ministère des Affaires étrangères (Affaires africaines et malgaches), directeur adjoint 1992-1993
Ministère des Affaires étrangères : Directeur de cabinet du ministre 1993-1995
Secrétaire général de la présidence de la République, mai 1995 - mai 2002
Ministre des Affaires étrangères, mai 2002 - mars 2004

30 mai 2005

 

Convulsions post-traumatiques... C'est un NON, NON ?

Certains NONistes s'étonnent de voir le vicomte vendéen, qui fut longtemps monarchiste - s'il ne l'est point encore, je suis ouvert à toute information !, de demander à Chirac une démission qui pourrait apparaître comme un appel à la démocratie directe sous une forme peu ragoûtante ; encore qu'avec le niveau d'implication du bonhomme et les visées européennes qui furent les siennes jusqu'à hier soir, on puisse comprendre cet appel.
Mais la dissolution, elle, est plus fondamentalement justifiée. Je rappelle l'argument de Villiers : 92% des députés ont accepté la modification de la Constitution Francaise à Versailles au début 2005, dans l'optique de ratifier le TECE*. Mais 55 % des Francais refusent ce traité. Le Parlement est donc en désaccord flagrant, sur une question essentielle puisque constitutionelle, avec le peuple dont il est censé tirer sa légitimité. Dont acte et demande de dissolution.

Premières réactions des OUIstes à la victoire du NON.
Pour un certain nombre d'entre eux, le TECE aurait du être ratifié par voie parlementaire et non référendaire. Je suis outré de l'idéologie totalitaire de ces bien-pensants, qui estiment le peuple incompétents à se prononcer sur une Constitution ! La modification ou la création d'une Constitution est naturellement du ressort du peuple ; on pourrait même souligner que la rédaction du TECE par une Commission nommée par cooptation et non élue par le peuple faussait le jeu dès son commencement.

Autre réaction :
la France est la honte de l'Europe, en refusant une Constitution imparfaite mais nécessaire.
J'ai essayé l'argument : "En 1789, la France était la première et la seule, à ce moment, à déclarer solennellement que l'homme avait des droits intangibles. Aurait-il fallu avoir honte, comme vous avez honte que la France ait été la première et la seule, pour l'instant, à refuser une Constitution mauvaise ?"
Mais ca n'a bien sur "rien à voir". La courte vue est donc la chose la mieux partagée du monde.

Autre réaction : le malheur va s'abattre sur nous.
Sans aller jusqu'au catastrophisme, on pourrait remarquer que la situation de la France n'est pas si fameuse que ca. Le modèle social francais, en conjonction avec un certain versant de l'Europe de Bruxelles, a conduit à la situation économique et sociale qu'on connait, et dont le chiffre du chomage n'est que la partie émergée. Ce modèle a perduré à cause des mêmes qui nous vantaient dernièrement le TECE comme le remède nécessaire, alors qu'il est dans la droite lignée de cette idéologie exacerbée. Pourquoi irait-on plus mal qu'aujourd'hui ? On veut nous faire croire que la France va s'arrêter de tourner parce que les Français refusent de continuer à perdre ? Ne sont-ce pas les populations les plus actives qui ont voté le plus massivement pour le NON ?

* TECE : Traité Établissant une Constitution pour l'Europe

 

Les chiffres des pressentis à Matignon... et plus haut

Pourquoi faut-il toujours aller chercher l'info hors de France ?

La Télévision Suisse Romande était première hier soir à annoncer la victoire du NON.
Elle publie ce matin un article rendant compte des tractations en cours, ainsi que quelques chiffres sur les premiers ministrables et les présidentiables :
Sarkozy favori
Avec 25 % des sondés, M. Sarkozy devance largement les autres prétendants potentiels à Matignon, soit l'actuel ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie (13 %), de l'intérieur, Dominique de Villepin (11 %), de l'emploi, Jean-Louis Borloo (10 %), ou encore le chef du parti centriste (UDF), François Bayrou (8 %).

Pour la course à la présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy est également considéré comme le meilleur candidat de l'UMP, avec 38 %, contre 14 % à Mme Alliot-Marie. Le président Jacques Chirac n'arrive qu'en troisième position avec 13 %.

 

Villepin à Matignon ?

C'est le bruit qui court à droite, à gauche.
Mais Sarkozy avait promis la guerre si Chirac remplacait Raffarin, le guichetier gentil, par Villepin, le marquis poète.
Hors Sarkozy a clairement fait allégeance au président de la République hier soir, en appellant à "l'unité de toute l'UMP et [au] soutien au président de la République". Comment aurait-il pu prononcer celà autrement qu'en ayant négocié auparavant avec Chirac la voie libre pour 2007 ?
Le terme si précis fixé au mandat du président, ces "22 mois qui nous séparent des prochains élections décisives" accréditerait cette hypothèse, d'autant que la nécessité de "décider d'un programme d'action" (et non pas de "mettre en oeuvre un programme") pour ces élections l'écarterait a priori de Matignon pour les deux ans à venir.
Reste de son intervention un pragmatisme qui tranche avec l'idéologie de la plupart des leaders présents sur les plateaux, qui tentaient d'écarter d'un revers de manche l'expression populaire : Sarkozy a préféré marquer le coup avec fermeté.

(Que mes lecteurs se rassurent, je ne suis pas encore converti à l'ultra-sarkozysme : j'estime le politique, pas forcément ses idées).

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